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LE LIVRE D’ARTISTE DANS TOUS SES ETATS

 

La p’tite pépite :

LE LIVRE D’ARTISTE DANS TOUS SES ETATS 

 

Entre livre-objet et œuvre d’art, le livre d’artiste est né au début des années 1960. C’est un genre à part et comme pour l’estampe, on peut parler de pièces de collection quasi-uniques.

 

« Ces objets d’art allient la force ou l’humour des mots, la sensualité du papier et la beauté d’une composition plastique ». (Jean-Jacques Sergent, éditeur et imprimeur typographe, 1945-2011).

 

                    

« Mikado »*, des artistes plasticiens Dom et Jean-Paul Ruiz sur un texte poétique de Paule Marie Duquesnoy, compte parmi les dernières acquisitions venues enrichir notre fonds de livres d’artistes. Réalisée en accordéon, cette œuvre est imprimée sur ses deux faces avec à chaque extrémité une couverture en bois de bambou.

 

Le genre prend sa source au Moyen-Age. Déjà les manuscrits faisaient l’objet des plus grands soins quant au choix des matériaux (reliure, encres) et on retrouvait cette complémentarité de l’art pictural et de l’écrit, résultat d’interventions de plusieurs corps de métier (scribes, relieurs, enlumineurs). Certains livres anciens avec leurs enluminures, par le principe d’organisation des liens entre le texte et l’image, peuvent être vus comme les précurseurs des livres d’artistes de l’époque moderne.

 

Dans toute l’histoire du livre, des auteurs et illustrateurs ont conjugué leurs talents pour créer des ouvrages où textes et images se renforcent. L’exposition « Six siècles d’art du livre – de l’incunable au livre d’artiste » (Colmar, Bibliothèque Municipale, N 16419) qui s’est tenue de septembre 2012 à janvier 2013 au Musée des Lettres et Manuscrits a parfaitement illustré cette continuité à travers les siècles.

 

« Un livre courant se lit, une œuvre picturale se regarde, un livre d’artiste se lit et se regarde » (Aurélio Diaz-Ronda, maison d’édition associative toulousaine Le Grand Os).

 

Les opinions divergent tant qu’il est impossible de donner du livre d’artiste une définition très précise. Cependant, force est de constater que le livre d’artiste dans son sens actuel, est presque toujours une alliance entre deux langages : l’écrit et la plastique. Synergie des talents d’un poète et d’un plasticien œuvrant ensemble, fruit d’une rencontre entre deux personnes, le livre d’artiste peut devenir un chef-d’œuvre et, lorsque le tirage est faible, une rareté. Le concept rencontre un tel succès que des Biennales du Livre d’Artiste se tiennent un peu partout (Arras, Dives sur Mer, Rodez…)

 

                  

« Le Bestiaire des noires forêts »*. Texte de Jacques Brosse, estampes de Jean-Pierre et Yvonne Lecuyer, éd. H. Lamant 1972

 

Les artistes font preuve de beaucoup d’inventivité et renouvellent ainsi le concept même du livre. La belle matière intervient dans toutes les parties de la création d’un livre d’artiste : feuilles de papier découpées, sculptées, gaufrées, collées, les artistes se jouent de la matière de base du livre, jusqu’à y introduire des éléments étrangers (pierre, herbe, légumes…). Le livre peut adopter toutes sortes de formes : carré, en courbe, en triangle ou encore plié en accordéon au gré de la fantaisie des créateurs. Souvent l’artiste est aussi l’éditeur et le vendeur, on parle alors d’autoédition.

 

                  

« Livre Tilleul »*. Ouvrage en bois de de tilleul autoédité par Claudie Hunzinger, 1994.

 

 « Dans le livre d’artiste, l’artiste est le seul concepteur du livre : il est responsable de l’idée et de son exécution. Il conçoit l’image, la mise en page et la réalisation. Le livre n’est pas seulement contenant, il est surtout contenu. Le livre d’artiste est une œuvre par elle-même et qui donne la prééminence à la réflexion. Il est pour nous l’assemblage d’un texte d’auteur et du travail d’artiste. La somme des deux fait « un » donc œuvre. »  (Dom et Jean-Paul Ruiz, artistes plasticiens)

 

« Au pied de l’arbre »* de Dom et Jean-Paul Ruiz avec des poèmes de Paule Marie Duquesnoy, 2015. Se compose d’une gravure sur bois et de 4 textes. Chaque poème a une composition typographique différente associée à un travail photographique.

 

Un autre courant s’intéresse au livre conçu comme un objet en forme de livre mais affranchi de tout souci littéraire, en faveur d’une communication exclusivement visuelle. Même si ce type de livre d’artiste ne comporte pas de « texte », il présente quelques indications verbales (légende, notes, titre, signature).

Pour conclure, retenons que le livre d’artiste demeure un espace de grande liberté pour les créateurs de tous bords. Mais qui de l’artiste plasticien, de l’auteur ou de l’éditeur détient la part décisive qui confère sa singularité à l’objet, la question reste ouverte… En tous cas, avec et grâce à ce genre, l’art prend place dans nos bibliothèques.

 

                  

« Les cités ouvrières de Mulhouse »*. Poème graphique réalisé en sérigraphie et typographie par Daniel Burgin, mai 1968. Acquis tout récemment  pour notre fonds livres d’artistes.

 

*Fonds Livres d’artistes, Bibliothèque Municipale de Colmar, ouvrages exclus du prêt.

 

Pour en savoir plus, vous pouvez emprunter via le PMC :

- Esthétique du livre d’artiste. 1960-1980, une introduction à l’art contemporain d’Anne Moeglin- Delcroix, Le Mot et le Reste / BNF, 2011 (N 16422)- Editer l’Art

- Le livre d’artiste et l’histoire du livre de Leszek Brogowski, Ed. de la Transparence, 2010 (N 105407)