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Les miscellanées

Les miscellanées d’Alsace par Hervé Lévy / éditions Ouest-France 2016
vs

Curiosités d’Alsace par Jean-Charles Bartholdi / Librairie Eugène Barth de Colmar, 1861-62

(Texte de Didier Zaessinger, secteur des alsatiques, bibliothèque des Dominicains)

 

Miscellanées

 

Avant toute chose : que sont au juste des « miscellanées » ?

Pour le « Trésor de la Langue française », célèbre dictionnaire des XIXe et XXe siècles, il s’agit de « recueils  d’écrits  littéraires et scientifiques sur divers sujets». De fait, ce nom commun (féminin pluriel) est hérité du latin miscellanea  qui signifie « choses mêlées ».

Très populaires au XIXe siècle, les miscellanées étaient destinées avant tout à un public érudit, spécialiste en histoire locale. Le fonds régional de la bibliothèque des Dominicains de Colmar détient un certain nombre d’exemplaires qui témoignent du sérieux, voire de l’aridité des sujets abordés… Mais pas seulement !

L’humour, s’il est devenu l’élément moteur des miscellanées du XXIe siècle, existait déjà dans celles du XIXe siècle. Confrontons les deux pratiques !

 

En 2016, Hervé  Lévy signe Les miscellanées d’Alsace, comme un clin d’œil à un genre littéraire tombé en désuétude.

Miscellanées

Tombé dans l’oubli au fil du XXe siècle, le genre littéraire des miscellanées a été ravivé en 2016 grâce aux éditions Ouest-France qui ont eu la très bonne idée de commencer leur série par l’Alsace, et de solliciter la plume d’Hervé Lévy !

L’ouvrage en question, malgré sa couverture un brin désuète, se présente comme une compilation d’informations anecdotiques, voire humoristiques, ayant toutes trait à l’Alsace. Ces « informations mêlées » sont destinées à attiser la curiosité du lecteur en lui faisant découvrir les aspects les plus insolites de notre région.

Quelques entrées parmi les 180 que contient cet ouvrage au format poche : « Les cinq C de l’Alsace »,  « Les Alsaciens au service de Bonaparte », «  Les films tournés en Alsace »,  « La première mention de L’Alsace » ou encore « Considérations sur le sexe du bretzel » …  

De l’article le plus conventionnel (la recette de la choucroute) au plus inattendu (une pépite Bauhaus près de Rhinau), Hervé Lévy nous propose donc un tour d’horizon de l’Alsace des plus divertissants. Il se situe ainsi dans la tradition des miscellanées du XIXe siècle, mais les remet au goût du jour en prenant le contre-pied de leur approche généralement plus austère, voire aride.

Est-il pourtant le premier à faire des miscellanées un genre distrayant ?

 

En 1861, Jean-Charles Bartholdi se lance dans l’édition avec Curiosités d’Alsace : des miscellanées entre histoire et divertissement.

Miscellanées

L’une des plus remarquables des miscellanées du XIXe siècle porte le titre de  « Curiosités d’Alsace ». L’ouvrage a été publié en 1861 par un certain Jean-Charles Bartholdi, frère aîné du célèbre sculpteur colmarien qui se cherche alors un avenir dans l’édition.

Les miscellanées se composent alors en général de deux parties bien distinctes. La première partie du recueil propose des articles conséquents et érudits, souvent consacrés à des évènements liés à  l’Histoire d’Alsace. La seconde, bien plus légère, est davantage destinée à divertir le lecteur.

Dans L’ouvrage de Jean-Charles Bartholdi, cette seconde partie est présentée sous le titre de : « Variétés. Mélanges, faits divers curieux et peu connus, usages singuliers, impôts et redevances bizarres, supplices inusités, mœurs et croyances populaires, etc., etc. ».

Jean-Charles Bartholdi, frère d'Auguste Bartholdi - Musée Bartholdi, Colmar / Reproduction de Christian Kempf
Jean-Charles Bartholdi
"Musée Bartholdi, Colmar / Reproduction de Christian Kempf"

Dans ce fourre-tout d’histoires alsaciennes, on découvre notamment « les tarifs en vigueur du bourreau de Strasbourg en 1630 » ou  « l’étrange supplice de la Schupfe destiné aux escrocs mesurant le vin avec de fausses mesures »… On apprend « comment le siège du château de Schwanau près de Gerstheim fut rendu possible en 1333 grâce à une mitraille d’immondices les plus infectes »… On s’intéresse à « l’établissement du premier perruquier à Munster en 1773 », à « l’interdiction de chasser sur les terres de l’évêque de Strasbourg en 1692 » ou encore aux « pratiques d’un guérisseur aubergiste et maréchal-ferrant prénommé André Degenfelder, basé à Zillisheim, dont les agissements seront finalement validés par le Magistrat D’Altkirch, en fonction en cette année 1619 »…

L’affaire semble donc entendue : malgré leur première partie érudite et austère, les miscellanées du XIXe siècle exploraient, comme celles du XXIe siècle, les registres de l’humour et de la causticité !

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Un autre ouvrage le prouve encore : Mélanges alsatiques de Xavier Mossman, publié en 1892. Dans une partie intitulée « glanes rétrospectives », l’auteur s’intéresse aux faits divers du XVIIe siècle colmarien. Archiviste de la Ville de 1864 jusqu’à son décès en 1893, Xavier Mossman était en effet fort bien documenté, mais ne se privait pas d’une certaine causticité dans le choix des faits divers relatés et dans la façon de les présenter. Qu’on en juge par ces deux extraits :

« L’usage du tabac » où l’on apprend que l’habitude de fumer semble s’être introduite à Colmar en 1650.  La propagation rapide et excessive de l’habitude de fumer et les dangers dont elle menaçait la sécurité publique entraîna le Conseil à rendre un décret qui, sous peine de 2 livres d’amende, faisait défense de fumer à tous et à chacun des habitants. Ce qui n’empêchait pas un soldat de la garnison de Breisach, de venir en mars 1660, vendre du tabac au marché de Colmar.

« La dernière sorcière à Colmar ». Quand a-t-on brûlé la dernière sorcière en Alsace ? Le 5 février 1650 une sentence du Conseil de Colmar renvoie devant le tribunal criminel une malheureuse folle, Catherine Schellkopf, accusée de sorcellerie. Lors de son interrogatoire elle avait tout avoué, aussi bien quand le juge l’avait prise en douceur que quand il lui appliqua la question… Mais, au criminel, la procédure n’était pas écrite et nous ne possédons pas le jugement qui l’envoya au bûcher.

Xavier Mossmann fut considéré comme l’un des érudits les plus méritants de son époque. Il est l’auteur de nombreux alsatiques et largement présent dans nos collections.

Portrait de Xavier Mossmann

En savoir plus :

   Bibliographie d’aujourd’hui :

  • Les miscellanées d’Alsace par Hervé Lévy /éditions Ouest-France 2016 ; A 51768 TER (PMC)
  • On dit que en Alsace…100 idées reçues par Claude Peitz /éditions Ouest-France 2016 ;  A 51776 TER (PMC)

   Bibliographie d’hier :

  • Curiosités d’Alsace par Jean-Charles Bartholdi/ Librairie Eugène Barth de Colmar, 1861-62 ; ICHA 3109 (bibliothèque des Dominicains)
  • Mélanges alsatiques par Xavier Mossmann / Imprimerie J.B. Jung & Cie de Colmar, 1892 ; A 22099 (bibliothèque des Dominicains)