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Une histoire passionnante

L’héritage des frères Dominicains

Comme tout l’espace germanique, Colmar a été profondément marquée par la présence dominicaine. Dominant la ville de sa haute et austère silhouette, l’église du couvent des Dominicains constitue ainsi une œuvre majeure de l’architecture gothique.

« Peu d’édifices gothiques atteignent à cette impression d’immensité »

Roland Recht (1941 - ), historien de l’art.

Un récit passionnant

Une communauté de frères, venus de Strasbourg, Fribourg-en-Brisgau et Bâle s’établit à Colmar vers 1260. L’ordre des Dominicains y est déjà représenté par les moniales d’Unterlinden.

L’église des Dominicains : un chef d’œuvre de l’art gothique

A quelques centaines de mètres du couvent d’Unterlinden, la première pierre de l’église des frères Dominicains est posée en 1283 par Rodolphe de Habsbourg, roi des Romains, en personne. Le chœur fut construit avant 1300. Quant à la nef, entreprise au début du XIVème siècle, elle ne fut vraisemblablement achevée qu’après 1346, les Dominicains ayant été passagèrement expulsés de Colmar par l’empereur Louis IV de Bavière, de 1330à cette date.

Convertie en magasin d’artillerie à la Révolution, elle a été acquise en 1807 par la Ville qui en a fait une halle aux blés. Restaurée à la fin du XIXème siècle, elle a été rendue au culte en 1898. C’est une œuvre majeure de l’architecture des ordres mendiants. Sa haute et austère silhouette ne manque pas de retenir l’attention des nombreux visiteurs de la ville.

Une communauté dominicaine ancrée dans la société de son époque

Situés au nord de l’église, les bâtiments conventuels, construits vers 1300, ont été le siège d’une communauté de frères actifs dans la direction spirituelle des sœurs d’Unterlinden et dans la prédication aux laïcs. L’encadrement spirituel des Colmariens fait en effet aussi partie de leurs attributions, par le biais d’une confrérie du Rosaire créée en 1484, qui compte près de 3 000 membres à la fin du XVème siècle.

Le couvent est aussi un centre d’enseignement et un foyer intellectuel. Le frère Johann von Colmar (1221-1305) y rédigea à la fin du XIIIème siècle plusieurs ouvrages historiques, Annales et Chronique de Colmar, qui sont une source essentielle pour notre connaissance de cette époque. Il abritait un scriptorium (atelier de fabrication des livres manuscrits) dont la bibliothèque conserve aujourd’hui plusieurs productions, certaines richement décorées.

Maître Eckhart en 1322 et Jean Tauler quelques décennies plus tard y firent étape, dans le cadre de leur mission de direction spirituelle des moniales d’Unterlinden. Y résida également au début du XVème siècle le théologien Johannes Nider (vers 1385-1438), auteur d’une œuvre importante, et qui représenta l’ordre dominicain au concile de Constance (1414).

Le cloître, refuge pour la contemplation et l’étude

La clôture et sa traduction architecturale, le cloître (les deux mots ont la même étymologie), auraient dû logiquement rester éloignées de l’esprit des fondateurs de l’ordre, à vocation apostolique et tourné vers le monde laïc. Il en est pourtant fait mention dès les premiers statuts : il sera un lieu de refuge pour la contemplation et l’étude après les fatigues de la prédication. A ce besoin s’ajoute une forte tradition symbolique, qui voit dans le cloître et son jardin « une image du jardin de l’âme et du jardin d’Eden, un espace intermédiaire entre terre et ciel, profane et sacré » - Guy Bédouelle (1940 - 2012), théologien dominicain.

Dévasté par un incendie en 1458, le cloître fut reconstruit dans son style d’origine par le frère Rodolphe Fuchs (mort en 1472). Les arcades sans réseau donnent à l’ensemble une certaine austérité, tempérée toutefois par l’abondante vigne vierge qui tapisse les murs.

Les espaces intérieurs furent complètement réaménagés au XVIIIème siècle, si bien qu’il n’y subsiste plus rien de médiéval. Le premier étage date d’ailleurs de cette époque. Dans l’angle sud-ouest, un superbe escalier à vis de style Renaissance côtoie une fresque de la fin du XVème siècle, attribuée à Urbain Huter. Elle illustre le cycle de la Passion. Des restaurations menées dans les années 1980 ont permis de sauver quelques fragments de ces peintures remises à jour en 1900 après avoir beaucoup souffert des différents usages des lieux.

De la caserne de gendarmerie à la bibliothèque patrimoniale

Le cloître et le couvent des Dominicains connurent des fortunes diverses à partir de la Révolution : caserne de gendarmerie, puis école préparatoire des instituteurs… Ce sont les Allemands qui, pour la première fois transforment les lieux en une véritable bibliothèque, dès 1940. L’objectif pour eux est alors de disposer d’un outil d'endoctrinement visant la germanisation de la population. Ces collections, conformes à l’idéologie nazie, sont désaffectées et en partie détruites à la Libération. Il faut noter que pendant la seconde guerre mondiale, les collections patrimoniales ont été mises à l’abri avec les collections d’art du musée Unterlinden, dans les caves du château du Haut-Koenigsbourg.

La bibliothèque des jeunes - Photo de Robert Laeuffer, prise en 1952 - Photo tirée du livre A 9504 "La bibliothèque de la ville de Colmar"     La salle des catalogues - Photo de Robert Laeuffer, prise en 1952 - Photo tirée du livre A 9504 "La bibliothèque de la ville de Colmar"

Classés à l’inventaire des Monuments Historiques en 1948, le couvent et le cloître abritent ensuite la Bibliothèque de la Ville à partir de 1951. En 2012, le départ des collections de lecture publique vers le Pôle Média-Culture Edmond Gerrer permet à la Bibliothèque des Dominicains de s’attacher dorénavant à ses fonctions de conservation et de valorisation des très riches collections colmariennes et lui donne vocation à devenir une bibliothèque patrimoniale de premier rang.

En 2016, la Bibliothèque des Dominicains devient les « Dominicains de Colmar » : un changement d’appellation qui accompagne la profonde transformation de son fonctionnement, et la rénovation des lieux en vue de la création d'un lieu dédié à la conservation et à la mise en valeur du livre et de l'illustration, à vocation européenne.