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Henry Wilhelm et sa collection bénédictine

La p'tite pépite :

Henry Wilhelm et sa collection bénédictine
(Texte de Christine Flesch-Hild, assistante principale de conservation du Patrimoine et des Bibliothèques,
Bibliothèque des Dominicains)


 

Parmi les donateurs qui ont enrichi la Bibliothèque des Dominicains de leurs collections, il en est un dont l’érudition fut unique en son genre. Il s’agit d’Henry Wilhelm. Un illustre inconnu aux yeux de nos contemporains, et même des Colmariens! Et pourtant, Henry Wilhelm, de son vrai prénom Mathias Landelin Henri, a laissé des traces indéniables de sa présence à Colmar.

Une rue porte son nom, mais c’est à la Bibliothèque des Dominicains surtout que l’on retrouve ses traces et non des moindres : un fonds d’environ 11 000 volumes (livres, brochures, périodiques) et une plaque commémorative, œuvre du sculpteur Henri Waderé !

Mais au fait, qui était Henry Wilhelm ?

Portrait d’Henry Wilhelm (reproduction photomécanique)

Portrait d’Henry Wilhelm
(reproduction photomécanique)

Colmarien de naissance (né le 19 août 1821), Henry Wilhelm était magistrat de profession, fils d’un juriste à la Cour Royale de Colmar et petit-fils d’un député du Conseil des Cinq Cents de 1791. Après des études de droit à Strasbourg, il succède à son père dans les fonctions d’avoué inscrit au barreau de Colmar. Les événements dramatiques de 1870-1871 le contraignent à démissionner un an près son entrée au Conseil municipal et à quitter sa terre natale annexée afin d’opter pour la France. Il occupe ensuite  les fonctions de juge de paix d’abord à Fontaine près de Belfort, puis à Mormant près de Melun en 1881, à Chartres en 1884 et enfin à Pantin près de Paris à partir de 1890 jusqu’à ce qu’il soit mis à la retraite « anticipée » par le gouvernement anticlérical de l’époque. Le fait est que Wilhelm était un clérical et un antidreyfusard convaincu... Il meurt peu après.

Mais plus que le respectable magistrat, celui qui nous intéresse ici, c’est l’amoureux des livres ! Resté célibataire toute sa vie, il a consacré ses loisirs et sa fortune personnelle à l’acquisition d’ouvrages, formant petit à petit une collection hors du commun.

 « Dis moi ce que tu lis et je te dirais qui tu es ! ». Si l’on regarde les thématiques traitées par ses livres, il est évident  qu’Henry Wilhelm s’était pris de passion pour tout ce qui touchait de près ou de loin aux moines de l’ordre de Saint-Benoît : les bénédictins. Il avait un intérêt tout particulier pour la congrégation de Saint-Maur au point d’en devenir un connaisseur réputé. En outre, il a également collecté bon nombre d’ouvrages alsatiques, et des ouvrages traitant d’histoire, histoire médiévale française et de Beaux-arts.

Mais ce qui rend sa collection encore plus  intéressante, ce sont ses annotations autographes. Il y en a  dans la plupart de ses ouvrages, ce qui démontre que Wilhelm approfondissait, complétait, et parfois redressait des erreurs commises par les auteurs. Malgré cette étonnante érudition et sans doute  à cause de sa trop grande modestie, Wilhelm n’a jamais rien publié en son nom. Il se contentait de mettre le fruit de ses recherches à la disposition de ses amis qui tireront largement profit de sa générosité. Parmi eux, citons Augustin Marie Pierre Ingold, religieux et historien (1852-1923), alsacien d’origine, ou alors Philippe Tamizey de Larroque, historien et éditeur (1828-1898), deux auteurs ayant fait partie de son cercle d’amis proches. Nous retrouvons un grand nombre d’ouvrages rédigés par ce dernier dans la collection Wilhelm.

Comme tout bon érudit, Henry Wilhelm est devenu membre de  la Société des antiquaires de France et de la Société de l’histoire de France. Créée en 1833, toujours active, cette dernière œuvre depuis plus de 180 ans dans l’édition des textes et documents concernant l’histoire nationale. Les historiens de profession et les amateurs éclairés comme Henry Wilhelm peuvent y adhérer. Les membres sont destinataires de toutes les publications. Ce qui explique la présence dans notre fonds Wilhelm de 265 volumes de publications. Paradoxalement, Wilhelm faisait partie de cette prestigieuse société qui s’obligeait à faire paraître des bulletins, sans qu’il n’ait lui-même publié des travaux.

Page de titre d’une publication de la Société de l’histoire de France

Page de titre d’une publication de la Société de l’histoire de France

Peu avant sa mort, Wilhelm est alité et en traitement chez les Sœurs alsaciennes de Niederbronn à Paris. Le 7 août 1899, il écrit à un certain Macker, juge suppléant. Il fait état de sa décision de léguer à sa ville natale toute sa précieuse et vaste bibliothèque à laquelle il a consacré toute sa vie et sa fortune. Colmar en devient propriétaire sans frais de succession. C’est André Waltz, le père du célèbre Hansi, qui prend en charge ce don précieux, en tant que bibliothécaire.

Transcription du courrier d’Henry Wilhelm, du 7 août 1899, annonçant sa décision du legs     Transcription du courrier d’Henry Wilhelm, du 7 août 1899, annonçant sa décision du legs

Transcription du courrier d’Henry Wilhelm, du 7 août 1899, annonçant sa décision du legs

Le 27 septembre 1899, Henry Wilhelm  décède à Pantin sans avoir revu sa chère Alsace.

Le 28 août 1900, le Conseil municipal de Colmar, reconnaissant pour ce don généreux, prend  la décision de faire exécuter un buste. Il devait orner une des salles du Musée d'Unterlinden, où avaient été transférés les 11000 volumes de la bibliothèque d'Henry Wilhelm.

L'exécution de ce buste est d'abord confiée au sculpteur alsacien, Charles Jaecklé. La livraison de l’œuvre tardant, le 29 octobre 1909, le Conseil municipal décide de rendre hommage à Wilhelm, en donnant son nom à une rue de Colmar.

Projet de buste d’Henry Wilhelm par Henri Wadéré

Projet de buste d’Henry Wilhelm par Henri Wadéré

L'œuvre de Jaecklé ne sera finalement jamais achevée. En 1910, il est décidé de confier la réalisation du buste à Henri Wadéré. Faute de documents satisfaisants et n'étant en possession que d'un portrait de profil pour l'exécution de son œuvre, Wadéré opte pour une épitaphe ornée d'un médaillon en demi-relief de marbre, bordé par un cadre en calcaire.

Epitaphe représentant Henry Wilhelm (1910, par le sculpteur Henri Wadéré)

Epitaphe représentant Henry Wilhelm (1910, par le sculpteur Henri Wadéré)

Aujourd'hui encore, le portrait d’Henry Wilhelm, œuvre d'Henri Wadéré, orne un coin du cloître des Dominicains, proche de l’endroit où sa collection avait initialement été entreposée.

Parmi les collections particulières cédées par de généreux donateurs, la collection Wilhelm reste l’une des plus importantes en termes de métrage linéaire et en nombre de volumes, mais également une des plus intéressantes par son contenu, largement consacré à l'étude des moines bénédictins.

 

Bibliographie :

  • Archives de la B.M.C, avant 1939, boîtes 16 et 28.
  • A.M.P. INGOLD. — Henry Wilhelm, 1821-1899, Colmar, 1899
  • Francis GUETH. — Henry Wilhelm par Henri Wadéré. In : Mémoire Colmarienne. Bull. trim. de liaison de la Société d’histoire et d’archéologie de Colmar, n° 26, juin 1987 et n° 27, sept. 1987.
  • Jean-Marie SCHMITT. — Mathias Landelin Henri, dit Henry Wilhelm. In Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne, n°40, p. 4240.