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Colmar entre deux trains

« Colmar entre deux trains » de Xavier Mossmann,
édition colmarienne J.B.JUNG et Cie - 1883

VS

« Colmar, un itinéraire à travers l’histoire » textes de Gabriel Braeuner,
I.D. édition - 2016

Ou « le guide touristique de Colmar, de 1883 à nos jours »

Texte de Didier Zaessinger, secteur des alsatiques, bibliothèque des Dominicains

 

Guides en regard

 

Le guide touristique ne connait pas la crise et malgré son évolution récente vers des versions numériques, l’édition papier reste indétrônable, parmi les meilleures ventes en  librairie.

Tel que nous la connaissons aujourd’hui, cette catégorie d’ouvrages pratiques destinés au voyageur fait véritablement son apparition au milieu du 19e siècle. A partir de 1840, trois grandes collections se partagent le marché. L’anglaise « Murray », l’allemande « Baedeker » et la française « Joanne », éditée par la librairie Hachette  qui deviendra par la suite la célèbre collection des Guides bleus.

Quelle qu’en soit l’origine, la formule n’a pas beaucoup changé depuis, ainsi que le montre la consultation du « Colmar entre deux trains », de 1883, au regard des guides d’aujourd’hui, comme par exemple « Colmar, un itinéraire à travers l’histoire », sorti en 2016.

Guides touristiques au 19e

Le guide touristique : un outil lié à l’expansion du chemin de fer

Le développement du tourisme est lié à l’expansion du réseau de chemin de fer qui va permettre au plus grand nombre de voyager plus vite et plus confortablement. Rappelons que jusqu’alors, on se déplaçait en diligence. Même si ce mode de transport coexistera encore quelques décennies sur le réseau secondaire, il va progressivement et résolument être supplanté par le train.

Comme on le voit sur les deux documents ci-dessous, en 1779, la diligence part à 4h du matin de Colmar et promet une arrivée à Strasbourg « pour le dîner » (et encore, pas tous les jours !). 63 ans plus tard, en 1842, le même trajet s’effectue en à peine deux heures, car entre-temps, le chemin de fer est arrivé ! La Ligne Strasbourg (Koenigshoffen)-Bâle est en service depuis 1841, suivie onze ans plus tard par la ligne Paris-Strasbourg.

Horaires des diligences colmariennes en 1779     Horaires des trains de Strasbourg à St Louis en 1842

1883 : un guide pour découvrir Colmar en deux heures chrono

Page de titre : Colmar entre 2 trains - 1833

L’ouvrage dont il est question aujourd’hui porte un titre sans équivoque : « Colmar entre deux trains ». Il illustre parfaitement l’appel au voyage qu’induit le développement du chemin de fer.

Ce guide touristique au format de poche, édité en 1883, est conservé par la Bibliothèque municipale de Colmar. Il s’agit de la seconde édition, revue et augmentée, d’une première édition parue un an plus tôt, dont la Bibliothèque Nationale et universitaire de Strasbourg a le privilège de détenir un exemplaire. L’auteur en est Xavier Mossmann qui était bibliothécaire et archiviste de la Ville de Colmar.

Sa consultation nous permet de comprendre que la conception d’un guide touristique au 19e siècle est quasi identique à celle d’un  guide d’aujourd’hui. Les principales différences tiennent en effet aux techniques inhérentes à chaque époque : impression noir et blanc vs couleur, illustration avec des gravures vs photographies…

Sur le fond, c’est la même chose puisque Xavier Mossmann propose principalement un circuit à la découverte des monuments les plus remarquables de la ville. Mieux encore : l’auteur a intégré les contraintes de son lecteur voyageur. Ainsi, puisque ce dernier arrive par le train, le circuit démarre en toute logique à la sortie de la gare. Il est par ailleurs calibré pour durer deux heures : de quoi voir l’essentiel de Colmar avant de reprendre le train et de partir vers une nouvelle destination.

Que visite-t-on à Colmar à la fin du 19e siècle ?

L'ancienne gare de Colmar en 1893

En 1883, la gare est située à la hauteur du pont actuel, en face de la rue Bruat. Le nombre croissant des voyageurs incitera les autorités à construire une nouvelle gare, la gare SNCF actuelle, à la fin du siècle. Elle sera ouverte au public en mai 1907.

Une fois notre voyageur sorti de la gare, donc, il entame la visite de la vieille ville par la rue Corberon. S’enchaîne alors la présentation des monuments essentiels qui occupent toujours le haut du pavé dans le guide publié aux éditions I.D. en 2016 : la maison Pfister, le Koïfhus, la Maison des Têtes, La collégiale St Martin… 

Quelques anecdotes sélectionnées au fil des pages et de la visite :

  • En 1883, le Tribunal de grande Instance que nous connaissons aujourd’hui était le siège de la Cour d’Appel de Colmar. Le nouvel édifice qui abrite aujourd’hui la Cour d’appel, au 9 avenue Poincaré, ne sera inauguré que le 17 septembre 1906.
  • Concernant la célèbre Maison Pfister (nom d’un de ses propriétaires du 19e siècle), Xavier Mossmann nous rappelle que celle-ci fut au 18e siècle propriété de la famille Haussmann qui y exploitait une pharmacie, avant de fonder l’industrie cotonnière du Logelbach. 

La maison Pfister - présentée dans les 2 guides

  • La rue des Tanneurs est décrite par l’auteur comme une « rue des temps anciens », en raison de l’activité des blanchisseuses qui à cette époque battaient et rinçaient encore leur linge dans la rivière qui la traversait.
  • Le Koïfhus (ancienne douane) avait abrité l’Hôtel de Ville de 1725 à 1810. En 1883, Xavier Mossmann déplore que l’édifice soit « actuellement sans affectation spéciale ».
  • La rue des Marchands est ainsi décrite : « Le parcours vaut la peine qu’on s’y arrête. Etroite, bordée de hautes maisons à saillies variées, avec un alignement tortueux, rétif à toute géométrie, la rue des Marchands a été certainement la principale artère de Colmar au Moyen-âge ».
  • Un peu plus loin, Xavier Mossmann relève la présence de l’hôtel des deux clefs qui au XIVe siècle a donné son nom à la rue. Il cessa son activité au début du 20e siècle. A son emplacement aujourd’hui, on trouve le magasin FNAC.

Hôtel des deux-clefs - reproduction photographique d'un dessin de 1839     Publicité pour l'hôtel des deux-clefs, parue dans le guide de Colmar

  • L’Eglise des Dominicains est alors utilisée comme une Halle aux Blés : « Ce beau vaisseau gothique mériterait une autre destination » souligne à raison l’auteur.
  • La Maison des Têtes est abordée sous son  appellation allemande « Kopfhaus ». En 1883, la rue s’appelle encore « rue des Fondeurs » en référence au nom d’un ancien Maître fondeur actif au XIVe siècle, Andreas Enderlin. Ce n’est qu’en 1888 que celle-ci fut rebaptisée « rue des têtes » 

Kopfhaus - La maison des têtes

  • La visite de la Ville se termine par le musée Unterlinden qui abrite alors, en plus de ses collections, la bibliothèque municipale où exerce Xavier Mossmann. Celle-ci  renferme déjà près de 50 000 volumes. Elle est ouverte au public les mardis, jeudis et samedis, de 9 heures à 12h et de 14 à 16h.

A la sortie du musée, le visiteur est invité à retrouver la gare en passant par la rue Kléber puis par l’avenue de la République qui s’appelle encore à cette époque la route de Rouffach.

 

Bibliographie d’aujourd’hui :

  • « Colmar, un itinéraire à travers l’histoire » textes de Gabriel Braeuner, I.D. Réédition 2016 ; cote A 51376 COL /PMC
  • « Colmar, mon city guide » textes de Dominique Auzias et J.P. Labourdette , Petit Futé 2015/16 ; Cote A  34972 COL / PMC
  • « Colmar sur le bout des doigts » Gabriel Brauener et Guy Ritzenthaler , édition du Tourneciel 2016 ; Cote A 35157 COL
  • « Colmar : circuit découverte » Paul -André Bechler  (coll. Les couloirs du temps) 2012 ; Cote Abr 3815 COL
  • « Le train une passion alsacienne 1839-2012 » Nicolas Stoskopf ; Vent d’Est 2012

Bibliographie d’hier :

  • « Colmar entre deux trains » par Xavier Mossmann ; Jung et Cie 1883 ; cote A 20376
  • «Colmar, Phototypie F.X. SAILE , 1893 » ; cote A 38
  • « Le guide indispensable des voyageurs sur les chemins de fer de l’Alsace » édition Levrault 1842 ; Cote ICHA 354
  • « Le conducteur français : routes de Belfort à Colmar et à Strasbourg desservies par les nouvelles diligences, messageries…. ; Paris, Librairie Sorin ; 1779